Apprenez avec Franssoit : un slogan, c’est quoi ?
L’origine du mot serait celtique et signifierait “cri de guerre”.
J’étais venu parler politique et voilà déjà que je vais m’égarer. Les slogans (dont je ne sais pas si ils prennent un s au pluriel, mais c’est pas grave, on va pas y passer la nuit, on a Aristote à lire), ou plutôt non, d’ailleurs, le mot slogan est utilisé surtout pour la politique et pour la publicité.
Bon. “cri de guerre” et “publicité”. Voilà qui va bien ensemble, non ? Guerre à notre esprit. Guerre à notre vie. Guerre à notre intelligence. Mais ça n’est pas le sujet. Ni l’objet.
Revenons à la politique. Temporairement. Le slogan, un exemple. “La force tranquille”. Ces trois mots ont été pondus en 1981 pour Mitterand et d’après un certain nombre d’avis autorisés lui auraient fait gagner les élections de 1988. Les avis autorisés, vous savez ce que c’est, on vous l’a déjà expliqué, je vais pas le refaire en moins drôle, y a pas un mot à changer. Bilan : le slogan fonctionne à retardement. C’est déjà bon à savoir.
Revenons à la politique. Temporairement. Le slogan, un exemple. “Travailler plus pour gagner plus”. C’est probablement du second degré, non ? Que ressent l’auditeur ou le lecteur, à la vue ou à l’écoute de ceci ? Comment le savoir ? Il y a plusieurs méthodes. Balayons les. Rapidement, je commence à avoir faim.
Première méthode, pensons. Imaginons. Anticipons. Echaffaudons. Nous obtiendrons ainsi une réponse. Ou plusieurs. Si on en obtient plusieurs, on augmente la probabilité que la bonne s’y trouve. Ce qui est préférable, parce que sinon, on a quand même toutes les chances de tomber à côté.
Deuxième méthode. Prenons un cobaye et posons lui la question. Ou le trouver ? Tiens, j’en vois un. Plus exactement je vois ses avant bras, ses manches de pull, sa montre et ses mains qui manipulent délicatement un clavier avec fil, y en a marre, non pas de fil(aplomb), mais de changer les piles.
En louchant un peu je vois aussi l’extrémité de son nez, assez éloignée de son visage grâce à longueur de l’appendice. Ce qui n’est pas très joli. Mais assez gratifiant. Gros nez, gros noeud.
En interrogeant cette personne, on a un infime pourcentage de chance d’avoir une réponse s’appliquant à l’ensemble de la population. Par contre on a la certitude, étant posé que le cobaye est de bonne foi, foi dont vous savez déjà fidèle lecteur qu’elle est innébranlable, la pauvre, on a la certitude, disais-je, d’avoir une réponse s’appliquant au moins à une personne. C’est infiniment plus que la première méthode.
Heureux homme(e). Non seulement tu bénéficies d’une initiation à la science politique, ainsi qu’au vocabulaire d’origine celtique, mais aussi d’une sensibilisation gratuite, sans limite de place disponible ou de stocks épuisés, à la méthode empirique.
Demandons donc à notre cobaye ce que lui inspire ce slogan. Voilà c’est fait. Quelques instants pour retranscrire par écrit sa réponse, je ne sais pas mettre de fichier MP3 dans mes articles, attendez, je finis. Voilà. Je me suis permis de retirer les parties grossières, pour faire propre.
Il nous dit : - travailler plus ? Non, mais merde, il se mèle de quoi ce con, j’ai pas que ça à foutre ?
Puis : - gagner plus ? J’en ai rien à branler, déjà je joue pas au loto.
Visiblement une légère confusion. Poursuivons l’analyse. Notre ami visiblement ne souhaite pas travailler plus. C’est étonnant. Visiblement il ne souhaite pas non plus gagner plus. Encore plus étonnant.
Pour la première partie, le travail, mettons ça sur une paresse assez souvent revendiquée. Pour la deuxième interrogeons nous. Notre cobaye est-il infiniment riche, ce qui expliquerait bien des choses. Non. L’état de son compte en banque en témoigne. Notre ami est-il un ascète ? Non plus. Je l’ai suivi plusieurs semaines dans sa vie, c’est un père de famille du type “bourgeois”. Véhicules récents mais sales, maison en location proche de la mer. Nombreux animaux domestiques. Intéret pour les nouvelles technologies. Projet de construction d’une résidence principale non loin de criques paradisiaques. Epouse et enfants munis de téléphones portables achetés normalement sans bénéficier d’avantages dus à son rang. Vacances, ha tient, c’est vrai, là il envisagerait bien une petite rallonge de crédits. Loisir principal : lecture. Achats de livres : bien supérieurs au temps disponible pour les lire. Donc plus que suffisant. Notre curieux personnage ne souhaite donc pas réellement gagner plus.
Pemière réaction : il est con, ce slogan.
Deuxième réaction : il est con ce slogan.
Troisième réaction : de toutes façons, un slogan, on s’attendait quand même bien à ce qu’il soit con, non ?
Quatrième réaction, et dernière : c’est pas con comme slogan, on me propose quelque chose dont je me fous (gagner plus) à la condition que je fasse quelque chose que je ne veux pas faire (travailler plus). Donc c’est parfait, ce slogan ne me concerne tout simplement pas.
Après cette brillante analyse, tentons quelques variantes :
Travailler plus pour travailler plus.
Travailler plus pour travailler moins.
Travailler moins pour gagner moins.
Travailler moins pour travailler tous.
Gagner moins pour gagner moins.
…
Gagner moins pour travailler moins.
Personnellement, je ne vois guère que le dernier qui m’inspire un quelconque progrès. Un effort (gagner moins) pour un bénéfice (travailler moins). Voilà qui est mobilisateur, voilà un projet de société qui me plait.
Cette jolie analyse était basée sur une conception strictement individuelle du truc. Il y a aussi plein de variantes entre moi, les autres, les plus démunis, les plus munis, etc, par exemple travailler moins pour gagner tous.
En fait, un slogan, c’est tellement réducteur qu’il en faudrait une belle collection pour cerner une idée, l’approcher tangentiellement, à petites touches, lui faire prendre forme. Ce pourrait être plus explicite qu’une belle démonstration toujours simplifiée.
A côté du slogan, nous avons l’aphorisme. Résumé d’une pensée, souvent brillant. Un des maitres du genre (Cioran) expliquer un moyen de procéder pour y parvenir. Il disait écrire quelques pages sur un sujet. La dernière phrase était un bel aphorisme. Je ne sais pas si c’était vrai. Je ne sais pas non plus si c’était vrai qu’il affirmait cela.
Pour en avoir le coeur net, on va essayer. On va prendre la dernière phrase du dernier article de ce blog et de mon blog en tranches. Je m’engage solennellement sur les points suivants : je n’ai pas relu les articles en question avant d’écrire ceci et je vais réellement le faire. J’y vais.
Ce blog : dernier article, Essayons une tentative (parenthèse de courtoisie). Non, ça n’est pas l’aphorisme, c’est le titre. Aphorisme selon la méthode Cioran : “Alors l’article des notes, il est pas encore fait. Pas du tout.” C’est pas bien terrible, il faut le reconnaitre. Voyons l’autre blog : dernier article, Cul zob chatte. Ben oui, ça arrive. Aphorisme : “C’est bien.” Là je dis, moi, ça ressemble déjà à quelque chose. Concis, efficace. C’est bien. C’est bien. C’est bien. Mad eo (version bretonne).
Et bien sur, je vous vois venir avec vos tongues, l’aphorisme de cet article, il est où ? Ben, à la fin, tiens.
Donc, je prends la dernière phrase, et l’aphorisme du jour est : “Donc, je prends la dernière phrase, et l’aphorisme du jour est : “.