Je ne suis pas né dans un chou. Mais j’ai toujours été sur un chou-fleur. Vautré en général, parfois assis rarement debout. C’est casse gueule, un chou-fleur, un peu. Surtout pendant l’éclosion.
Je ne peux pas vraiment parler de mon chou-fleur à moi, j’en change parfois, je ne suis pas toujours sur le même.
Des fois, je vois un chou-fleur au loin ou parfois même tout près et je me dis “Mais, ça n’est pas possible, c’est mon chou-fleur, il ne peut pas être là-bas si je suis dessus ?”.
Mais j’ai sans doute changé de chou fleur sans m’en apercevoir. Je suis certain d’avoir changé de chou-fleur et pourtant impossible de me souvenir de l’instant du changement.
J’étais où entre deux choux-fleurs ? Ayant toujours été sur un chou-fleur, entre deux choux-fleurs, j’étais aussi certainement sur un chou-fleur, mais lequel ? Le chou-fleur de départ ? Ou le chou-fleur d’arrivée ? Ou bien le chou-fleur du changement ?
Je pourrais essayer de répertorier tous les choux-fleurs sur lesquels j’ai été. Mais je crois que j’aurais du mal à les identifier. Je ne saurais pas les numéroter, et quant à les décrire, ça prendrait tellement de temps que rien que de décrire le chou-fleur du début de la description, celui sur lequel je suis au moment où je commence à décrire, je crois bien que je serai passé déjà sur un sacré paquet de choux-fleurs. Une belle cagette, oui.
Tous les choux-fleurs sont à moi même si il me semble parfois apercevoir quelqu’un sur un autre chou-fleur, plus loin. Mais c’est curieux, cet autre n’est pas saturé. Il n’occupe que partiellement l’espace, et on voit un peu à travers. Je me demande même si ce n’est pas moi un peu, au moment ou j’étais sur ce chou-fleur là, ou plus tard, lorsque j’y serai.
Il y a un phénomène rigolo, si je regarde un autre chou-fleur, si je le regarde un peu longtemps,
si je l’examine, je me retrouve dessus. Ou c’est le chou-fleur que je chevauchais qui s’est transformé en celui que j’observais ? Et l’ancien, je ne sais pas ou il est passé, mais si je le cherche suffisamment, je le retrouve parmi les autres. Mais il a un peu changé, déjà.
Et le chou-fleur que je regardais, qui est maintenant sous moi, je ne peux plus l’observer. Plus j’essaie, moins je le vois.
Ces choux fleurs, ils éclosent. Le mien et les autres. Ca fait comme des bulles qui grossissent jusqu’à exploser. Mais elles n’explosent jamais. Elles grossissent en permanence, sans changer de taille, et sans exploser. La différence avec des bulles c’est que mes choux-fleurs, ils ne sont pas tout lisses. Leur surface est co
nstituée de bosses qui sont en fait de tout petits choux-fleurs. Qui grossissent à des vitesses différentes, et de temps en temps, l’un d’eux grossit tellement qu’il prend la place du chou-fleur à la surface de celui sur lequel il s’est développé.
Voilà, c’est le monde. Une surface de choux-fleurs. Au dessus, rien. Au dessous ? Il n’y a pas de dessous. C’est une surface qui n’a qu’une face. Ce qui fait déjà un nombre impressionnant de choux-fleurs.
Je suis bien dessus. J’aime bien surfer sur mon chou-fleur.