J’étais bien préparé à commetre un article sur pourquoi il faut pas voter pour machin(e), pourquoi il faut pas voter pour machin(e), pourquoi il faut pas voter pour machin(e), pourquoi on peut se poser la question de ne pas voter pour machin(e), bref, un article bien politique, comme il faut, avec des arguments drôles mais pertinents, que je suis un citoyen bien engagé mais pas à l’extrème parce que c’est pas bien, et tout.
Vous me connaissez, pas le genre à écrire en l’air. Des bases fermes, une bibliographie conséquente. Un bref rappel de l’historique, les enjeux, les forces en présence, qui fait quoi, qui est suspecté de sucer qui, qui nique qui, pourquoi, les pauvres sont-ils si riches que les riches, les pauvres, voudraient nous le faire croire.
Droite gauche, avant arrière, de bas en haut, rouge et bleu, un peu de blanc.
La dette. Bien sur, la dette. Et la sécurité. La sociale, la avec un uniforme bien repassé et une matraque en fer qui fait très mal, la de l’emploi.
Le chomage. Chomage égale fromage. Cette plaisanterie est destinée à mon usage unique personnel. Oui, il m’arrive de me lire, autant me montrer que je pense à moi, sinon, qui le fera ?
L’Europe, aussi, avec son nombre de pays, que j’ai pas fini de l’apprendre que ça a changé. Pire que d’apprendre par coeur l’heure qu’il est. Que y a des pays dedans et des dehors qu’on sait pas pourquoi. Des qu’on sait même pas que c’est des pays.
Je comptais vous parler de la politique en matière d’art contemporain. De culture.
D’agriculture aussi, je tiens pas à retrouver ma voiture sous les choux fleurs.
Ah, et puis la défense, d’afficher, d’y voir, de faire pipi sur mon mur. Les sous marins rigolos.
Le territoire, la Corse, la Bretagne, le massif Central, les massifs périphériques.
Les transports. En communs, comme les touzes. Les Tgv, les avions.
De l’article vaste. Mais gouleyant. Avec des plaisanteries subtiles, pour garder l’attention de qui ? De toi, mon lecteur. De l’humour au quatrième degré. Et au premier aussi, si jamais t’es con. Ou même si t’es intelligent et que t’aimes le premier degré.
Pour tout ça, on commence par quoi ?
Par le début.
La constipation. Vous avez vu, je ne barre plus. J’en ai marre de barrer. Alors je laisse. Et je précise. La constitution.
Celle de notre adorée cinquième.
Et là, trahison.
Ca commence bien, bleu blanc rouge (ça doit faire un mauve pâle, non ?), la marseillaise avec son accent à la con, l’indivisible, laïque (mais pas trop quand même), liberté égalité fraternité.
Le principe, la souveraineté.
Et puis paf. Dans le cul. A l’article 3.
“Sont électeurs, dans les conditions déterminées par la loi, tous les nationaux français majeurs des deux sexes, jouissant de leurs droits civils et politiques.”
Moi qui me croyais électeur. Abstentionniste, souvent. Mais électeur de droit, quand même.
“Majeur des deux sexes”, merde, alors. Non seulement, il va falloir que je m’en fasse greffer un deuxième, mais en plus il va falloir que j’attende dix huit ans. A moins que je ne m’en fasse greffer un déjà majeur ? Non, non. C’est pas les sexes qui doivent être majeurs. C’est bien l’électeur, qui doit être majeur des deux sexes.
Bon, ben va falloir y passer.Moi, si je m’abstient, je veux que ça soit de mon fait, pas parce que je ne rentre pas dans les critères.
D’abord, une petite question. Vous, les spécialistes du droit constitutionnel. Les deux sexes, est-ce qu’il faut qu’ils soient de type différent ? Est-ce qu’on peut aller voter si on a deux bites ? Ou deux chattes ?
Ca y est, ca devient vulgaire. C’est pas grâve, c’est constitutionnel.
Ou est-ce qu’il faut un petit robinet et un coquillage ?
Une fois obtenue la réponse à cette question, qui est importante, quand même, le deuxième sexe (je viens de comprendre Beauvoir sans même la lire) on le met où ? Et même on se le met où, si on se greffe soi-même ?
Je vous vois venir, vous vous imaginez déjà avec une queue sur la joue droite et une touffe sur la gauche. Et allons y la bise pour dire bonjour. Moi c’est quatre. Déjà avec ceux qu’ont des lunettes, des fois ça s’entrechoque, là va falloir faire gaffe. On a vite pris un coup de pine dans l’oeil.
Ben non, c’est pas comme ça que ça marche.
D’abord, vous avez pas déjà une queue sur la joue. Et je vous rappelle qu’il s’agit de se faire greffer un sexe, pas deux. Et puis, faut que ça soit symétrique. Et caché. Non mais quoi ? Ou alors, tchador pour tout le monde.
Mais là je m’égare.
Cette constition, elle date de 58. 1958.
Depuis, elle sert tout le temps. Moi même, j’ai déjà voté. Plusieurs fois. A droite. Une fois. A gauche d’autres fois. Aussi pas du tout des fois. Et très à gauche aussi d’autres fois. Et cette phrase, je refuse de la relire avant de la publier, tiens, histoire d’avoir la surprise.
Et bien jamais, jamais, personne ne m’a vérifié mon nombre de sexes majeurs. Personne. Jamais.
Plus fort, j’ai été assesseur (enfin je suis pas certain du nom, mais j’étais dans les gars qui disent “A voté”, “Signez ici. Non, là.”). Et ça caillait. J’ai aussi fait le dépouillement. Comme quoi, je suis un bon citoyen. J’ai même dépouillé des scrutins où je m’étais abstenu.
Et bien j’ai jamais compté le nombre de sexes des électeurs.
Alors, moi je dis, avant de faire des constitutions européennes, faudrait déjà appliquer la nôtre.
