Franssoit

avril 2, 2007

Pentu. Et verglacé.

Classé dans : mont blanc, sommet — franssoit @ 12:05


L’Everest était en Bretagne, je crois. En France, certainement. En Bretagne, je suis quand même un peu moins catégorique.

L’indice, la preuve, c’est qu’en en faisant le tour, je n’ai rencontré que des copains. Enfin des connaissances. Pourtant, vu d’ici, l’Everest, ça parait assez loin.

Le pire, en fait, ce n’était pas vraiment d’en faire le tour. Ca c’est un classique, tout le monde le fait. Tout le monde, et pourtant tous comptes faits, je n’ai pas rencontré tant que ça de monde, là haut.

A mon avis, le pire, enfin le plus étonnant, c’était cette idée curieuse d’en faire le tour rapidement et avec des palmes. Dans un sens c’est assez logique, si on veut aller vite il faut des palmes. Mais surtout pour nager. J’ai beau essayer de me souvenir des péripéties de cette expédition, je ne pense pas y avoir nagé une seule fois. En réalité, je ne vois pas comment j’aurais pu, à cette altitude, tout est gelé, il fait bien trop froid.

Il y a eu plusieurs moments assez pénibles, pour des raisons différentes.

L’un d’entre eux, c’est bien fait pour moi. Je n’aurais pas du défier mon coéquipier. Je sais bien que je cours vite, mais quand même, j’aurais dû me renseigner sur son niveau à lui. Etre le meilleur, ca n’est pas seulement un problème personnel. Ca demande aussi aux autres d’être moins bon. En fait, être fier d’être le meilleur, c’est ridicule, les adversaires en sont responsables au même titre que soi. Non seulement les adversaires, mais aussi ceux qui n’ont même pas essayé. Tout le monde a participé, en arrivant après, ou en ne partant pas. Donc, pas de raison d’être fier d’être le premier, mais pas de raison non plus d’être honteux de ne pas l’être. En arrivant après lui, j’ai participé à sa victoire. Si j’avais gagné, il n’aurait pas pu être premier. Je suis autant que lui artisan de sa réussite. Au départ, quand je lui ai dit allez, on se tire la bourre (je ne lui ai pas dit ça exactement, mais je ne me rappelle plus la phrase exacte) je suis parti assez fort. A ce moment là d’ailleurs, je n’avais pas mes palmes mais une bonne paire de chaussures de course, ce qui est quand même bien plus judicieux. Mais il m’a vite rattrappé et dépassé. Et après, j’ai essayé très fort, à plusieurs reprises, mais rien à faire, à chaque fois que je trouvais l’énergie d’accélérer, lui, sans effort, il me remettait quelques mètres dans la vue. Ca montait, j’avais les jambes qui faisaient mal. Je ne sais plus comment ça a fini, mais en tout cas, il a gagné.

Un deuxième moment difficile, c’était quand on a abandonné le troisième, notre collègue. A cette altitude, par ce froid, il n’avait aucune chance de survivre. Je ne sais pas ce qu’il est devenu, juste qu’un peu après, dans un passage un peu escarpé, nous avons croisé ses parents qui m’ont confié son appareil photo. Un Olympus, un vieil argentique tout en métal, mais pourtant assez léger. Il faisait des va et vient au bout de sa sangle et il heurtait les rochers et la glace, mais ces vieux matériels, c’est du costaud, incassable. Pas comme leur propriétaire.

Là où j’ai vraiment eu peur en fait, c’est pour cette crête de glace. Vu de loin, ça paraissait jouable sans trop de problèmes. une centaine de mètres de long, un genre de chemin très étroit à gauche de la crête qui formait un muret très mince et élevé à peu près à hauteur de hanche pour quelqu’un marchant sur le chemin. De chaque côté, plusieurs centaines de mètres d’à pic. Très joli. Très vertigineux. Bleuté.
Ce que je n’avais pas tout à fait prévu, c’est qu’en arrivant au départ de ce chemin, je me suis aperçu qu’il était plus étroit que prévu. Impossible d’y marcher normalement. La seule solution, en ces circonstances, c’était d’y mettre le pied gauche, et de poser tant bien que mal mon genou droit sur le muret. Position, bien sur assez inconfortable, assez proche esthétiquement du chien qui lève la patte. Mais qui est debout. Bref super casse-gueule surtout que, je vous rappelle, j’avais eu la bonne idée de chausser des palmes. Enfin, l’idée, le mot en peut-être fort, mais toujours est-il que j’avais des palmes et qu’il ne m’est venu à aucun moment l’idée de les retirer. Et ça glissait.

Bon, si je vous le raconte, bien au chaud devant un clavier, c’est que je m’en suis sorti, hein ?
Je n’ai aucune idée du temps que ça a pris, de faire le tour de l’Everest. Plusieurs jours, c’est sur. Plusieurs semaines ? Je ne sais pas.

Toujours est-il que lorsque je me suis réveillé ce matin je crevais de chaud. A cause de la peur ? Ou du contraste avec la glace ?

Je me demande si raconter un rêve dans un blog ça a un sens ?
Pour le savoir, une seule solution, essayer.
C’est fait. Il y avait aussi en début de nuit, un truc super intéressant, avec des mecs en costume noir. Je m’en siouvenais très bien ce matin, en me réveillant de l’autre, celui des palmes. Mais maintenant plus rien d’autre que de vagues costumes. Et des sensations plutôt désagréables. Celui là est perdu.

Publié sur WordPress.